En tant qu’invité spécial, Abdoul Karim Bangoura, dit AKB, a pris part au tirage au sort de la 3e édition de la Coupe de la Ligue ce samedi 23 mai à Conakry. À cette occasion, il a accordé une interview exclusive à un reporter de Lesportif224. Dans cet entretien à bâtons rompus, l’ancien joueur de Bastia (France) a donné son avis sur les chances de qualification du Syli National de Guinée à la prochaine CAN. Il a aussi évoqué le collectif des anciens internationaux et d’autres sujets d’actualité. Lisez !
Récemment, la Confédération Africaine de Football a procédé au tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027. Selon vous, quelles sont les chances de la Guinée qui se retrouve dans le groupe D avec le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Érythrée, où un seul pays sera qualifié ?
C’est vrai que c’est un groupe compliqué. C’est très difficile d’avoir une seule équipe qualifiée dans une poule où se trouve déjà le pays organisateur. C’est bien dommage. Pour ma part, j’avais déjà dénoncé cette formule. On n’a pas les mêmes chances de se qualifier car, dans d’autres poules, il y a deux qualifiés. Dès le départ, je trouve que cela fausse le jeu. Maintenant que c’est fait et que tout le monde a accepté, il faut jouer la compétition. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se focaliser uniquement sur l’Afrique du Sud, comme on le fait souvent. D’ailleurs, je pense que si l’on retenait les leçons du passé, on comprendrait qu’il ne faut pas se concentrer seulement sur les équipes aux noms ronflants ou sur celles qui ont déjà des résultats.
Dans une poule, tous les matchs sont importants. Il faut impérativement battre les équipes dites « moins fortes », à l’aller comme au retour. Tout le monde cherchera à prendre des points chez elles. Donc, si vous ne le faites pas, vous allez perdre et laisser des points en route. Et cela pourrait s’avérer très compliqué lors du décompte final.
Le souci est qu’on ne joue pas à domicile. Malgré cela, garde-t-on une chance de se qualifier ?
Non, j’allais en venir là. Si on ne joue pas à domicile, il faut se dire qu’on ne se qualifiera pas. C’est mon avis. Aujourd’hui, les matchs à domicile sont hyper importants. Cela fait bientôt trois ou quatre ans que nous ne jouons pas chez nous. Je pense qu’il faut remédier à cela. Les autorités travaillent actuellement pour y parvenir. S’ils réussissent, on applaudira, ce sera tant mieux. Mais s’ils n’y arrivent pas, je ne pense pas que nous ayons une chance de nous qualifier. D’autant plus que les autres équipes ne vont pas nous regarder faire et nous laisser la place. Il n’y en a qu’une seule qui se qualifiera, nous le savons tous, il faut donc jouer sa chance à fond. Si ce n’est pas fait, ce sera hyper compliqué, pour ne pas dire impossible.
Le championnat local a récemment pris fin en Guinée. En tant qu’ancien footballeur, quel est votre regard sur le football guinéen ?
Je vais être honnête avec vous, je n’ai pas regardé tous les matchs du championnat. Ce que j’ai remarqué, c’est que le championnat est allé jusqu’à son terme et que tous les matchs ont pu être joués. Il faut féliciter et remercier la Ligue guinéenne de football qui a réussi à trouver des moyens, même si l’on peut dire qu’ils sont maigres. Elle a tout de même réussi à organiser la compétition. Il faut aussi remercier les clubs participants. Le Horoya est un beau vainqueur, il faut le reconnaître avec son expérience. Ils ont su faire un mélange entre l’expérience et les joueurs formés au club. Malgré le manque de moyens, ils ont réussi à être champions. C’est une bonne chose qu’il faut féliciter et encourager.
Maintenant, concernant les autres équipes qui suivent, comme on le dit toujours, il faut que nous ayons des terrains pour rivaliser. Si un club n’a pas de terrain pour s’entraîner afin de permettre aux athlètes de progresser, il va de soi que lorsque ces équipes sortiront pour les compétitions, ce sera difficile. C’est ce manque d’infrastructures qui freine aujourd’hui l’évolution de notre football. On parlera ensuite de la gestion et de la formation, tout cela entre en jeu après. Mais il faut d’abord des infrastructures pour que nos athlètes puissent rivaliser et s’entraîner normalement.
Vous êtes l’un des rares anciens joueurs toujours présents pour interpeller. On vous a vu récemment créer un collectif pour soutenir les anciens joueurs. Il y a notamment le cas d’Abdoulaye Emerson, qui est malade. Où en êtes-vous avec ce collectif ?
Effectivement, merci beaucoup. Concernant le collectif, c’est cette semaine que nous avons reçu notre agrément. Désormais, nous sommes officiellement reconnus. Ce qu’il nous reste à faire, c’est notre assemblée générale pour élire le président et les membres du bureau, afin de pouvoir commencer à travailler, créer notre compte bancaire et venir en aide à ceux qui en ont besoin. Dans un premier temps, notre collègue Abdoulaye Emerson est quelqu’un qui a beaucoup servi le football guinéen. Aujourd’hui, il traverse une période difficile. Il est compliqué pour nous, individuellement, de lui venir en aide sur le plan financier, mais sur le plan moral et de l’assistance, nous sommes déjà là. D’ailleurs, nous devions nous rendre chez lui hier vendredi, mais nous avons reporté la visite au vendredi prochain.
Sur ma page Facebook, j’ai partagé un reportage qui lui était consacré afin d’attirer l’attention de nos autorités pour qu’elles lui viennent en aide, pour qu’Abdoulaye Emerson retrouve la santé. Quand on a servi son pays, on aimerait qu’en retour, lorsque l’on rencontre des difficultés, le pays pense à ses fils et ses filles. Oui, je pense que c’est tout à fait normal. Mais il n’y a pas que son cas, d’autres situations entreront en jeu par la suite. Petit à petit, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les aider.
Par ailleurs, au niveau du secteur culturel, les artistes bénéficient d’une prise en charge sanitaire et étaient représentés au parlement. Qu’en pensez-vous ?
On a vu ce qui a été fait et ce qui continue d’être fait dans le milieu de la culture. C’est une excellente chose et il faut s’en féliciter. Nous voulons exactement la même chose pour les sportifs et les anciens sportifs, tout simplement. Cependant, cela demande toute une organisation. Nous allons en faire la demande à travers le collectif, et approcher les autorités pour que nous puissions bénéficier des mêmes avantages que les artistes. Ce qui est tout à fait normal. Encore une fois, c’est une initiative salutaire.
Pour finir, nous sommes à quelques semaines de la Coupe du Monde de la FIFA. D’après vous, quelles sont les chances des équipes africaines ?
Concernant les équipes qualifiées, je suis naturellement un fervent supporter du Sénégal. Mais je peux vous dire que ce sont de vrais compétiteurs. Quand on regarde les joueurs, ils évoluent tous dans des clubs importants, et ils y jouent un rôle majeur. Cela prouve que le niveau de ces sélections est très élevé. Pour ma part, je reste supporter du Sénégal. J’espère que ces équipes représenteront dignement l’Afrique et qu’elles obtiendront le meilleur résultat possible pour le continent.
Lesportif224









