Juste après l’indépendance de la République de Guinée, les nouvelles autorités ont placé la jeunesse au cœur du devenir du pays. C’est dans cette perspective qu’un accent particulier a été mis sur la culture et le sport, qui sont des activités pratiquées par les jeunes. Grâce à une bonne politique sportive définie par les dirigeants de l’époque, le sport a été structuré sur la base de la répartition géopolitique du pays. De la capitale à l’intérieur du pays, toutes les localités étaient impliquées dans cette démarche. Des clubs de football ont été créés un peu partout. Au niveau de la capitale, il y avait Conakry 1, Conakry 2 et Conakry 3. En plus, chaque préfecture disposait d’au moins une équipe sportive. Suite à l’avènement des compétitions interclubs de la Confédération africaine de Football, plusieurs équipes guinéennes ont changé de noms pour se conformer aux exigences du football international. C’est ainsi que Conakry 1 devient Kaloum Star, Conakry 2 devient Hafia FC et Conakry 3 devient Horoya AC.
L’essor du football guinéen sur la scène internationale
Grâce à la bonne organisation de la discipline sportive, le football guinéen va prendre son envol et faire des résultats remarquables sur le continent et dans le monde. Dotée d’une équipe nationale de haut niveau, la Guinée se qualifie aux Jeux olympiques de Mexico 1968. Elle fera une participation honorable à cette compétition internationale.
Deux ans plus tard, le pays de Chérif Souleymane se qualifie pour la première fois de son histoire à la coupe d’Afrique des Nations 1970. En 1976, la Guinée dispute son unique finale de la CAN en Éthiopie face au Maroc qui remporte le trophée.
Du côté des clubs, le Hafia FC de Conakry domine l’Afrique. Les Vert et Blanc remportent trois fois la Ligue des champions africaine. Le Horoya AC de Matam réussit à son tour à décrocher la coupe des vainqueurs de coupe de la CAF en 1978. Après cette période glorieuse, les performances des équipes guinéennes évoluent en dents de scie. Tout de même, la génération Pascal Feindouno a laissé une trace avec de beaux résultats en Coupe d’Afrique des nations. Notamment celle de la CAN 2006 où le Syli national a remporté tous ses trois matchs de poules. En 2024, la Guinée s’est qualifiée pour la 2ème fois de son histoire aux Jeux Olympiques de Paris.
L’impasse
Après des années de succès, le football guinéen va connaître une impasse. Le déclin du régime Sékou Touré coïncide avec la descente aux enfers du football guinéen. Le sport est désormais relégué au second plan par les autorités. Les performances des équipes guinéennes se font rares à l’international. Absence de politique sportive, manque criard d’infrastructures et insuffisance de cadre juridique sur le sport, problème de structuration et de gouvernance sont les principales raisons de la faillite du sport en général et du football en particulier.
Au niveau du parlement, qui est l’institution qui adopte les lois organiques du pays, le sport est loin d’être une priorité. Dans le Conseil national de la transition dirigé par Dr. Dansa Kourouma, parmi les nombreuses commissions, il n’existe aucune commission consacrée au sport et sur les 81 conseillers, aucun membre ne représente le sport. Pourtant, lors de l’installation de cette équipe après le coup d’État du 5 septembre 2021, la Guinée était désignée pour organiser la CAN 2025. Malheureusement à cause de l’absence d’un travail concret sur le terrain, la CAF retire l’organisation de cette CAN au profit du Maroc. De 2014 à 2022, aucune infrastructure sportive n’a été construite dans le cadre de cette CAN 2025. Cela à cause d’une absence de volonté politique. Le pire est que le Syli National ne réussira même pas à se qualifier à cette compétition organisée par les Marocains.
Après 67 ans d’indépendance, la Guinée n’a toujours pas un stade de norme internationale. Durant les dernières années, les équipes guinéennes délocalisent souvent leurs matchs à l’étranger. Le championnat guinéen soit disant professionnel n’a rien de professionnel. Rares sont les clubs qui payent régulièrement leurs joueurs. Le niveau de l’arbitrage fait défaut et peu d’entraîneurs sont détenteurs de diplômes qualifiés. Le football local a du mal à produire de nouveaux talents qui peuvent s’imposer en équipe nationale et dans les grands clubs européens. De nos jours, le Syli National est composé quasiment de joueurs binationaux. Ce n’est pas mauvais en soit mais c’est mieux de mettre un accent particulier sur la formation au niveau local pour produire des joueurs de haut niveau. L’Etat doit structurer les académies qui se créent dans le pays.
Par ailleurs, on ne peut pas parler des problématiques du football guinéen sans évoquer les crises institutionnelles de la fédération guinéenne de football. La dernière décennie a été marquée par des mutations à la tête de la fédération. De la révocation des dirigeants à l’installation des comités de normalisation, la crise demeure. A date, le président Sory Doumbouya est déjà sur une chaise éjectable à cause de la fuite d’un présumé audio – où il essaye de convaincre un joueur de signer dans son club Milo FC Kankan afin de bénéficier des convocations en équipe nationale. Pour l’instant, les membres du comité exécutif n’ont pas encore décidé de son sort. Mais cette affaire risque de replonger le football guinéen dans la crise.
Pistes de solutions
Pour changer la donne, il faut une volonté politique. Les autorités du pays doivent placer le sport comme une priorité majeure en professionnalisant le secteur. Il faut des infrastructures sportives dignes de ce nom ; adopter et vulgariser des lois sur le sport ; procéder à la structuration du sport. Les dirigeants sportifs doivent mettre un accent particulier sur la formation des acteurs du football : les encadreurs, les techniciens, les arbitres, les joueurs, les journalistes, les responsables, les membres de la sécurité et autres.
En outre, force est de constater que le football guinéen a écrit ses plus belles pages de l’histoire dans les années 70 en clubs tout comme en équipe nationale. Cette domination de la génération dorée des joueurs de Hafia FC est symbolisée aussi par la consécration de Chérif Souleymane qui remporte le Ballon d’or africain en 1972. Après cette période, il y a eu quelques exploits qui ont marqué les esprits. Mais pour redorer le blason du football guinéen, la volonté politique est primordiale. Puisque, malgré les efforts notables des mercenaires, sans l’implication de l’État, c’est compliqué.
Ibrahima Soya Bah, Journaliste Sportif









